• Tony & Léon

Relations homme animal vues par une Psychiatre !


Les animaux agissent sur notre mental

Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode. Aujourd’hui nous allons parler de l’effet bénéfique des animaux de compagnie sur notre mental.


Comment nos chiens, nos chats, nos lapins, nos chevaux et autres si j’en oublie, peuvent améliorer notre santé mentale ? Qu’en pense une psychiatre qui a pour habitude de consulter des humains ?

Je vous emmène en discuter avec le Dr Sophie GRENIER, psychiatre à Paris où nous allons échanger ensemble sur les effets des animaux de compagnie sur les humains.


Je vous propose ici une simple discussion entre une psychiatre et une vétérinaire pour essayer de mieux comprendre le sujet. Je vous laisse ensuite vous faire votre propre avis, parce que l’on a bien conscience que chaque personne a une relation personnelle avec son animal de compagnie.


A mon avis, on a surtout un animal en premier lieu parce qu’on aime les animaux, qu’on veut assurer leur bien-être et non pas pour soulager ses états d’âme. Mais tous les amoureux des animaux que vous êtes le savent.


Valérie CROUSSE : Parlons des chiens pour commencer. Mais cela concerne aussi nos chats et d’autres animaux. Le chien c’est un peu la représentation de « l’égalité des chances » sans mauvais jeu de mots : il se moque de la couleur de peau de son maître, de son CV, de sa religion, que ce soit un homme ou une femme ! On sait qu’un chien ne nous juge pas. Sophie, est-ce cette absence de jugements par son animal qui explique selon toi qu’en tant qu’humains on voue un amour inconditionnel à notre chien ?


Sophie GRENIER : "L’animal ne se nourrit pas d’attentes idéalisées envers les humains, il les accepte pour ce qu’ils sont et non pas pour ce qu’ils devraient être » dit Boris Levinson, pédopsychiatre américain.

L'animal attend de son maître qu'il assure ses besoins fondamentaux (sécurité, alimentation, promenade pour faire ses besoins quand il est bien éduqué ;)), mais ne met aucune pression sur son maître. Il témoigne une affection constante et ne cherche qu'à le satisfaire, c'est lui qui a un amour inconditionnel !

C'est une relation entre deux espèces différentes, une relation qui met l'humain dans une situation d'emblée très "confortable", rassurante. C'est un autre être vivant qui a besoin de nous, donne un sens à notre existence. Le plus souvent, le chien est tout le temps disponible et partant pour un câlin, une promenade...


VC : De nombreux articles scientifiques étudiant la zoothérapie concluent que notre relation avec nos animaux de compagnie, en particulier les chiens mais n’oublions pas les chats, a une valeur thérapeutique de plus en plus reconnue.

SG : Il faut distinguer la zoothérapie ou la médiation animale, qui est un procédé thérapeutique qui se sert d’un animal familier et éduqué comme médiateur dans certaines indications et pratiquée par des professionnels formés et les "bienfaits" pour tout un chacun d'avoir un animal de compagnie

Les bienfaits ponctuels, par exemple caresser un animal lors d'une visite chez des amis peut générer un sentiment d'apaisement, et les bienfaits à plus long terme d’une relation homme-animal qui se construit grâce à un contact régulier, créant ainsi un lien très spécial et particulièrement satisfaisant.


VC : Est-ce que tu as déjà pu remarquer ce type d’effets « thérapeutiques » chez certains de tes patients ? Comment cela s’est-il matérialisé ?


SG : Oui, j'ai pu constater les effets bénéfiques d'avoir un animal de compagnie chez certains patients, notamment des patients suivis pour une dépression, avec une restauration progressive du sentiment d'utilité dans le soin quotidien de leur animal, ou une motivation à se lever, sortir de chez eux pour aller le promener.


VC : A côté de tout ça, les bienfaits d’avoir un chien reposent sur les effets positifs sur la santé des promenades quotidiennes mais aussi sur les plaisirs sociaux. Si on est isolé ou pas, des discussions avec d'autres promeneurs de chiens font du bien. Avoir un chien c’est aussi l’occasion de créer du lien avec d’autres propriétaires de chiens. Sommes-nous en quête d’affection dans nos sociétés dématérialisées ?

SG : Avoir un chien, c'est aussi avoir des contraintes, le promener plusieurs fois par jour notamment et ce quelle que soit la météo...Ces contraintes ont parfois des bénéfices secondaires : sortir plusieurs fois par jour permet une activité physique minimum, mais aussi une structuration de l'espace-temps, un temps qui pour certains n'est parfois plus rythmé par l'activité professionnelle. Cela créée des repères. Lors de ces sorties, le chien joue un rôle de catalyseur social, il permet de nombreuses interactions sociales, spontanées, transgénérationnelles, et le plus souvent désintéressées. De nombreux maîtres ont ainsi sympathisé avec leur voisinage et parfois on peut observer certaines personnes qui discutent longuement sur les trottoirs parisiens alors même que leurs chiens ne semblent pas si bien s'entendre...

Lorsqu'on vit seul, avoir un chien est aussi une motivation, s'occuper de son animal procure un sentiment d'utilité, une certaine valorisation par le sentiment d'auto-efficacité. Parfois, on s'occupe aussi beaucoup de son animal quand on n'arrive pas à s'occuper de soi.


VC : Quels bienfaits les humains retirent-ils de leur relation avec leur animal dans une société numérique qu’est la nôtre et qui est hyperconnectée ? Est-ce que c’est une expérience sensorielle que la relation avec son animal procure qui nous rassure ?


SG : Faire un câlin à son chien, à son chat... c'est aussi une autre temporalité, se reconnecter à l'instant présent, c'est aussi redescendre dans le corps, les sensations corporelles plutôt que de tout intellectualiser. C'est une expérience de pleine conscience.

Finalement, c'est une expérience sensorielle très riche : le toucher (douceur, chaleur de son animal), la vue (capter l'intensité du regard de son animal, mais aussi une dimension esthétique de nos animaux que nous trouvons beaux, gracieux pour certains félins), l'ouïe (oiseaux, ronron du chat), l'odorat (odeur familière, rassurante)


VC : La simplicité et la profondeur de cet amour apporte une joie constante, qu’en dis-tu en tant que psychiatre ?


SG : Une constance rassurante là où les relations interhumaines sont parfois plus fragiles, éphémères...


VC : Oui c’est certain ! Les animaux apprennent aussi aux enfants à être responsables quand on demande à nos enfants à partir de 8 ans environ d’apprendre à prendre soin d’un animal. Les enfants deviennent aussi plus altruistes et compatissants.


SG : Demander aux enfants de prendre soin de son animal est une manière de les responsabiliser, et de leur prouver qu'on leur fait confiance. Ils prennent confiance en eux aussi car ils perçoivent très bien la vulnérabilité et la dépendance de l'animal, l'importance de la tâche qui leur est confiée et ils ont en retour la reconnaissance de l'animal. Cela renforce leur sentiment de capacité à prendre soin d'un autre être vivant et par extension d'eux-mêmes. Cela développe aussi leur empathie.

VC : Que penses-tu du bienfait de la relation avec un animal surtout dans le cas d’enfants hyperactifs ?


SG : La relation avec un animal de compagnie est apaisante, aide à la régulation émotionnelle.

Jouer calmement avec un animal ou le flatter apaise l’esprit. C’est peut-être l’action physique répétée et la distraction causée par l’animal lui-même qui entraînent l’apaisement d’un esprit agité. Les animaux ont un effet bénéfique sur les enfants atteints du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité ; jouer avec les animaux permet de dépenser l’énergie excédentaire, et le sens des responsabilités et les tâches quotidiennes découlant des soins à un animal jouent également un rôle clé.

VC : Et as-tu vu aussi des effets chez des enfants atteints d’autisme ?


SG : Les personnes atteintes du trouble du spectre de l’autisme bénéficient aussi grandement des animaux. Caresser des animaux dociles aide à surmonter les problèmes sensoriels, améliore la réceptivité aux autres et encourage des comportements sociaux positifs. VC : Sophie, on entend aussi parler de l’aide des animaux pour des enfants qui ont des soucis relationnels avec les autres ?


SG : Cela peut aussi être un support social pour des enfants inhibés, timides ou phobiques sociaux comme dans cette série à succès sur Netflix un ami aux petits soins. VC : Les enfants doivent hélas aussi un jour apprendre à faire face à la mort d'un être cher lorsqu’ils ont vécu en présence d’un animal de compagnie.

SG : Malheureusement la longévité assez courte de nos animaux de compagnie nous expose à devoir vivre leur perte, c'est parfois une première expérience de deuil, très douloureuse pour les enfants qui doivent être accompagnés par les adultes pour intégrer la notion de mort, si peu élaborée dans nos sociétés modernes, la mort faisant partie de la vie.


VC : Oui nombreux sont ceux d’entre nous à ne pas vouloir entendre parler de la mort mais Jean d’Ormesson le disait très bien : « Tout ce que nous aimons mourra, et je mourrai aussi. ». Bon je ne veux pas plomber l’ambiance néanmoins. On lit ou en entend de nombreux témoignages aujourd’hui de personnes qui ont rencontré dans leurs vies des phases de détresse psychologique, et qui grâce à l’intervention d’un chien ou d’un chat ont retrouvé tout ou partie leur état mental.

Comment expliques-tu que la présence d’un chien ou d’un chat puisse nous aider dans notre processus de deuil ?


SG : S'occuper d'un animal de compagnie permet une certaine décentration de sa problématique psychique, y compris dans un contexte de deuil. L'animal peut parce qu'il sollicite une promenade ou des caresses, venir interrompre les ruminations dépressives, introduire un moment de tendresse, restaurer du lien dans un moment de souffrance psychique et de vécu d'isolement. Parfois, l'animal va faire l'objet d'un transfert d'affection, qui va permettre de réinvestir d'autres objets d'affection ensuite et ouvrir le déprimé ou l'endeuillé à d'autres relations sociales.


VC : J’en déduis donc qu’en plus de nous aider à réduire le stress, l'anxiété, la dépression et la solitude, il y a plein d’atouts à faire faire de l'exercice à un chien !


Essayons de mieux comprendre ce qui est responsable de ces effets thérapeutiques… Les compagnons canins déclenchent des voies du système nerveux identiques à celles activées lors du lien parent-bébé, et réduisent la solitude et la dépression. Sophie, est-ce prouvé que certaines images peuvent nous faire du bien au moral comme de voir des vidéos ou photos de chiens et chats ? Est-ce que ce sont les fameuses sérotonine et dopamine qui entrent en jeu ?

SG : Les images positives jouent un rôle dans le traitement de la dépression. Interagir avec des animaux fait produire de la sérotonine et de la dopamine, ce qui aide à combattre la dépression et l’anxiété

VC : Aujourd’hui nous ne parlons plus de « pet owner » (propriétaire d’animal de compagnie) mais de « pet parent » ce qui montre bien que le niveau de lien entre l’homme et son animal a changé.

Sophie, lorsque nous appelons notre chien "notre bébé", c'est parce que nous le reconnaissons comme tel. Qu’en penses-tu ? SG : Tout est dans le regard. Quand les humains et les chiens se regardent dans les yeux, le niveau d'ocytocine, l'hormone de l'amour, de la confiance et du plaisir, augmente nettement dans leur cerveau et renforce leurs liens.


Le phénomène «du renforcement des liens par le regard» est connu pour consolider les rapports émotionnels entre la mère et son enfant quand ils se regardent. Rentre en ligne de compte également la notion de fragilité, de « prendre soin de »…


VC : L’ocytocine est l'hormone dite hormone de l’"amour" ou du "câlin". L'ocytocine joue un rôle clé dans l'accouchement, l'allaitement, mais elle joue également un rôle de plus en plus reconnu dans notre comportement social, en agissant comme un messager chimique dans les voies qui contrôlent la reconnaissance, la confiance, le lien mère-enfant et humain-animal. Est-ce qu’en tant que psychiatre tu peux nous dire si l’action de l’ocytocine est reconnue sur l’état psychologique des humains que nous sommes ?!


SG : Oui en effet il existe des études à ce sujet.


VC : De plus en plus, ces connaissances sont mises en pratique, avec des effets très positifs. Tu as probablement entendu parler de l’équithérapie qui aide à prendre confiance en soi grâce à ce rapport à l’animal, même des sociétés proposent cela en stage pour leurs employés, mais aussi des témoignages de personnes atteintes d’autisme dont la présence d’un chien ou d’un cheval aide à surmonter leurs craintes. Qu’en penses-tu ?


SG : L’équithérapie permet en effet d’apprendre à gérer ses émotions et à prendre confiance en soi également.


VC : Merci Sophie pour cet échange très inspirant qui je l’espère aura plus à tous les heureux propriétaires d’animaux qui nous écoutent, même de chevaux ou NACS. Pour ceux qui n’en n’ont pas encore, n’oubliez pas qu’un animal a besoin de soins et d’affection et cela demande réflexion. Des études très sérieuses ont également montré qu’avoir un animal diminuait les risques d’accidents cardiovasculaires mais vous l’aurez aussi mieux compris ici, même si je sais que vous n’étiez pas à convaincre, mais nos animaux sont également une source de profonde affection, de soutien moral et source de motivation.


On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains.

On a un cœur, ou on n’en a pas. Alphonse de Lamartine


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